dévotion

Varanasi est une ville millénaire que j’adore. Mais pourquoi donc? Cette question je l’ai entendue avant de partir et même ici, lorsque j’ai rencontré quelques Indiens provenant d’ailleurs et visitant la ville pour la première fois. En raison de l’énergie toute particulière dégagée par les ghats ouvrants sur le Gange, ai-je répondu. Quelque chose d’intangible qui me fait aimer cette explosion de vie, ce bouillonnement constant d’activités, cette effervescence de tous les sens. Oh, bien sûr, toute l’Inde est comme ça, mais ici je ressens un bien-être particulier, peut-être une réminiscence d’une autre vie?

Les lieux parlent, communiquent. Et celui-ci me parle. Les lieux sont des organismes vivants, avec une existence propre, et celui-ci est mon ami. Quand je suis arrivée il y a une semaine, en retrouvant le Gange, j’ai eu un énorme sourire et j’ai inspiré bien fort l’atmosphère de cette ville si particulière. J’étais bien. Je suis bien. Je crois que le lien qui unit une personne et un lieu est un processus réciproque : je suis devenue une partie de ce lieu que je chéris. Je ne prétends nullement comprendre ce lieu, car le processus de compréhension d’un lieu est une longue promenade à la recherche d’une relation entre un lieu physique et ses équivalents métaphysiques… C’est un genre de chemin spirituel, voire sacré, dont chaque pas, chaque virage présente une nouvelle facette de la mystique du lieu. Je vois cela comme une quête spirituelle où les lieux sacrés sont des étapes sur le chemin de la compréhension, sur le chemin du dharma.

Varanasi, Bénarès, ou Banaras comme nombre de ses habitants aiment à l’appeler, ou Kashi, de son ancien nom ou encore Avimukta, Anandavana ou même Rudravasa… Peu importe l’appellation, j’ai adopté et j’ai été adoptée par cette ville dédiée à Shiva! D’ailleurs j’y ai même été baptisée, oh pas comme à Pushkar où j’ai glissé dans le lac sacré, mais le premier jour je me suis fait un petit peu couper les cheveux sur les ghats, assise à terre sur une couverture, et le coiffeur a utilisé de l’eau du Gange pour me mouiller un peu les cheveux… Je me suis sentie bien intégrée! Et puis que dire de ma petite coupe indienne, c’était très amusant de voir les sourires des passants, même si je me demandais si la lame bien affutée de son rasoir sur ma nuque pouvait m’apporter autre chose qu’une peau imberbe! Et puis sans crier gare il se met à me masser la tête, puis les épaules et la main, même que son fils est entré en action à ce moment-là : je les voyais venir, évidemment, donc je n’ai pas poursuivi le massage, au risque de me voir facturer je ne sais trop combien pour quelque chose que je ne désirais pas! Mais il faut s’y faire, sans se laisser faire!

Je m’éloigne de mon propos, je voulais parler de cette dévotion omniprésente. Pas pour l’encenser, c’est le cas de le dire, ni pour la condamner, juste la mentionner comme un fait aussi tangible que l’existence du fleuve aux portes de la ville, au milieu de la vie… Ici les gens sont totalement dans leurs rituels, entièrement portés par leur foi. Des pèlerins de toute l’Inde viennent ici au moins une fois dans leur vie, souvent plusieurs fois, et reparte avec des petits contenants avec de l’eau de Mother Ganga, la rivière mère, eau qui leur servira pour leurs pujas à la maison. Les pujas sont des rituels que chacun fait, dans un temple, devant un autel improvisé ou uniquement face au fleuve. Les gens sont si concentrés sur leur pratique, si totalement plongé dans le moment présent, leurs rituels et leurs actions, qu’ils ne se formalisent pas de se faire prendre en photo. En général, ils ne font que jeter un coup d’œil, et encore, et poursuivent leur rituel, totalement empreints de leur dévotion. C’est beau à voir. Vraiment.

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